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Coatalen Louis
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1863
2009

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Coatalen Louis  

1879 - 1962


276 / 360



   Né à Concarneau le 11 septembre 1879, Louis Coatalen passe par le lycée de Brest avant d’entrer en 1895 à l’École de Cluny. En 1899, ses études terminées et son service militaire accompli, il débute en tant que dessinateur au bureau d’études de la société Panhard et Levassor. Puis il rejoint Clément-Bayard, autre grand constructeur automobile de l’époque. Après un passage chez de Dion-Bouton, il quitte la France pour la Grande-Bretagne en 1901, et devient ingénieur à la Crowden Motor Car Company, à Leamington Spa.

   Quelques mois plus tard, sa carrière prend véritablement son essor lorsqu’il rejoint Humber à Coventry, comme ingénieur en chef de la toute nouvelle branche automobile. Le gadzarts dessine la 8/10 CV puis la 10/12 CV Coventry-Humber, qui sont de véritables succès et tirent d’embarras la société alors en difficulté : ré-outillage de l’usine, embauche et formation du personnel, construction de nouveaux ateliers... Les Humber se vendent à une telle cadence qu’il faut, pour faire face à la demande, achever le montage des châssis dans les rues de la ville, comme pour les Delahaye à Tours quelques années plus tôt (voir AMM de janvier-février 2006, p. 56). Malgré ce succès, la collaboration de Coatalen avec Humber dure moins de sept ans. Une rencontre déterminante en 1907, avec le fabricant de bicyclettes William Hillman, se traduit par la création de la Hillman Coatalen Motor Car Co Ltd. La première voiture de la jeune société, une 4 cylindres de 24/25 C V, est entièrement conçue par Louis Coatalen, qui la pilote lui-même au Tourist Trophy : elle est créditée du record du tour en 1908 !

   Mais dès février 1909, fort de sa réputation déjà considérable, le gadzarts entre chez Sunbeam à Wolverhampton comme directeur général, motivé, d’après les médias de l’époque, par des avantages «extraordinaires». Sunbeam fabrique des voitures automobiles depuis 1899 sans grand succès. L’arrivée de Coatalen et sa première création, une 14 CV, marquent le début de l’ascension du constructeur. En 1910, Coatalen teste sur le circuit de Brooklands sa Nautilus, une 4 cylindres de 4 244 cm3. Avec une 12/16 CV de 3 l, il fait en 1911 une première tentative en France à la Coupe de l’Auto. L’année suivante, c’est le triomphe avec les trois premières places de la course, et les 3e à 6e places au Grand prix de France couru à Dieppe sur 1 500 km... Sunbeam et Coatalen connaissent une notoriété internationale. Lors qu’éclate la Première Guerre mondiale, l’entreprise construit – outre la 12/16 CV en modèle standard et sport – une 16/20 CV de 4 l et une 25/30 CV à moteur 6 cylindres de 6,1 l. Louis Coatalen met au point un moteur pour canot automobile, crée les moteurs d’aviation dont la Grande-Bretagne a alors tant besoin, puis ceux des gros dirigeables anglais.

   Appelé par Winston Churchill, puis par l’amiral Goodwin, nommé conseiller par le roi George V, le Français participe activement à l’effort de guerre anglais. Toutes les voitures légères de l’Armée britannique, ainsi que les ambulances, sont des Sunbeam-Coatalen construites sous licence par Rover, Austin, Daimler ou Napier. Sunbeam met son usine à contribution dans le domaine des moteurs d’avion et équipe de nombreux avions Bristol, des hydravions Fairey et des bombardiers Handley. Au sortir du conflit, Sunbeam est en position de force, avec une usine s’étendant sur des dizaines d’hectares, des finances au plus haut et des équipes d’ingénieurs chevronnés. En juillet 1919, Coatalen lui apporte un rayonnement supplémentaire avec le dirigeable R-34, qui effectue la première traversée de l’Atlantique Nord par la voie des airs. Grâce à ses cinq moteurs Maori 4 de 12 cylindres en V à 60°, l’engin met 108 h 12 min (soit 4 jours et demi) pour relier l’Écosse à New York par vents contraires. Le retour dans des conditions favorables dure 75 h et 3 min. Ce qui représente 11 200 km en 183 heures 15 minutes, à la vitesse moyenne de 61 km/h. L’exploit, salué des deux côtés de l’Atlantique, marque une étape décisive dans la conquête des airs avec un retour d’Ouest en Est encore inédit.

   En 1920, le nouveau groupe multinational Sunbeam-Talbot-Darracq STD confirme Coatalen au poste de directeur. De nombreux succès en course s’en suivent en 1921 avec des pilotes de premier plan: à la Coupe internationale des voiturettes de 1 500 cm3, disputée le 18 septembre au Mans, les trois véhicules que pilotent René Thomas, Kenelm Lee Guiness (fondateur de la marque de bougies KLG) et Henry Seagrave raflent les trois premières places du podium. Quant à la première édition des 200 Miles de Brooklands, courue le 22 octobre, elle est gagnée à la vitesse moyenne incroyable de 142,91 km/h par Seagrave, suivi de Lee Guiness et du célèbre Malcolm Campbell. Guinness remporte ces deux mêmes courses en 1922 ainsi que les Grands prix de France (à Tours) et d’Espagne (à Sitges-Terramar) en 1923. Lors de l’inauguration de l’anneau de Montlhéry, le 19 octobre 1924, les Sunbeam-Talbot-Darracq seront encore aux trois premières places d’une course sur 300 km.

   La marque britannique engrange aussi des points hors compétitions, en s’attaquant aux records de vitesse. Le 16 mai 1922 sur le circuit de Brooklands, Guinness réalise un tour à 231,690 km/h sur le demi-mile lancé, pulvérisant le record mondial sur sa Sunbeam. Campbell porte ce record à 242,749 km/h sur la plage de Pendine au Carmarthenshire (pays de Galles), sur une Sunbeam de 12 cylindres en V et de plus de 18 litres de cylindrée qui développe 350 ch.

   Pour franchir le premier la barre des 300 km/h, Louis Coatalen décide de construire un bolide inédit : équipé de deux moteurs de 12 cylindres en V de 45 l de cylindrée cumulée développant 1 000 ch à 2 000 tr/min, à transmission par chaîne ! Sur ce monstre qu’on surnomme «The Slug» («La Limace») à cause de sa carrosserie enveloppante, Seagrave établit le nouveau record du monde le 29 mars 1927, à Daytona Beach en Floride, avec 327,898 km/h, franchissant du même coup les 200 miles à l’heure pour la première fois. Cet exploit marque le dernier grand triomphe de Sunbeam et de Louis Coatalen qui, épuisé par sa carrière trépidante, est contraint au repos. Contrecoup immédiat : le triplé des Delage (An. 1890) au Grand prix de l’Automobile Club de France le 3 juillet à Montlhéry, et le retrait des Talbot de la compétition. La marque de Louis Delage, sans rivale, sera sacrée championne du monde des constructeurs cette année-là. La crise de 1929 n’arrangera pas les affaires de Sunbeam, constructeur beaucoup trop axé sur le luxe et la compétition. Plus tard, Louis Delage rencontrera le même problème ...

   Louis Coatalen passe une partie de sa convalescence en France et reprend en 1931 ses activités, d’abord chez Lockheed (freins), puis chez KLG (bougies) et à nouveau Sunbeam-Talbot-Darracq (où il construit des modèles de compétition à Suresnes), jusqu’à l’arrivée au début de 1934 de l’ingénieur italien Anthony F. Lago, qui le remplace au poste de directeur de l’écurie de course. Ce gadzarts qui a vécu à toute vitesse se mariera quatre fois. Outre une vie professionnelle et sentimentale effervescente, il assurera la présidence de la prestigieuse Société des ingénieurs automobiles, la SIA, de 1953 à 1956, juste après Henri Perrot et avant Fernand Picard.

   Fait officier de la Légion d’honneur en 1954, il s’éteindra le 23 mai 1962, à l’âge de 83 ans.

   Auteur : JEAN-LOUIS EYTIER

   Avec l’aimable autorisation de « Arts et Métiers-Magazine »




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