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Les réalisations capitales de Cugnot (1770-1771)




Le fardier de Cugnot

C'est d'une manière à peu près simultanée que les projets du Suisse Planta et du Français Nicolas–Joseph Cugnot, tous deux relatifs à un véhicule mû par une " machine à feu ", furent portés à l'attention de M. le marquis de Choiseul, ministre de la Guerre.

Il est certain que, malgré l'intérêt marqué initialement par le ministre, ces projets seraient demeurés lettre morte sans l'intervention ultérieure d'un officier d'artillerie français, M. le général de Gribeauval. Technicien de haute valeur, doublé d'un réalisateur, Gribeauval devait attacher son nom à un procédé permettant d'usiner l'âme des canons ; son appareil, dénommé " Etoile de Gribeauval ", est le prototype de tous les " alésoirs ". Il devenait ainsi possible de construire sérieusement les cylindres des deux " pompes " de la machine à feu. Grâce à Gribeauval, le plan chimérique de Cugnot pouvait faire place à un prototype efficace. Le choix avait été rapidement fait entre le dream car de Planta et celui de Cugnot, la conception du dernier étant supérieure. L'expérimentation, demeu­rée à jamais célèbre, se fit en deux temps.

Tout d'abord, Cugnot fit construire, sans recourir au procédé Gribeauval, une pre­mière voiture de dimensions assez restreintes (mais non un modèle réduit) par un certain M. de Brézin. Après des essais effectués à Bruxelles, Cugnot procéda à une démonstration à Paris, en 1769. Avec quatre personnes à bord, l'engin prototype aurait atteint 9,5 km/h. La faible capacité de la chaudière et l'imprécision de l'usinage des " pompes " n'avaient pas permis de dépasser un temps de marche de douze minutes.

Néanmoins, ces essais préliminaires furent suffisamment prometteurs pour décider Choiseul et Gribeauval à ordonner la construction d'un modèle réel plus important.

Le but était d'atteindre le 15 km/h avec une charge de quatre à cinq tonnes.

A la lumière de rapports dignes de foi, il apparaît que l'engin fut essayé à Vincennes entre le 20 novembre 1770 et le 2 juillet 1771. Ce modèle, reconstruit, est l'un des joyaux du Conservatoire national des arts et métiers de Paris, où il entra en 1801, et sa silhouette est trop familière pour que nous en fassions une longue description. Si nous voulions la comparer à nos véhicules modernes, la première automobile pourrait être définie comme suit, en langage actuel :


Marque : Cugnot. Type : utilitaire. Date de sortie : 1770. Charge utile : 4–5 tonnes; carrosserie plateau.

Moteur : à vapeur, 2 cylindres verticaux, côte à côte. Alésage : 304 mm, course 356 mm. Cylindrée : 50 000 cm3 environ. Distribution par robinets–vannes. Refroidissement par air ambiant.

Transmission : roue avant motrice. Traction avant par bielle et rochet (première transformation d'un mouvement rectiligne en mouvement de rotation sur un véhicule). Pas de changement de vitesse. Suspension avant : sans. Suspension arrière : sans. Essieu arrière rigide. Roues à rayons de bois cerclées de fer, type " artillerie ". Direction avant par double barre à colonne verticale.

Châssis à cadre de bois avec traverses–entretoises. Freins : frein direct à patin basculant sur roue avant motrice.


Le fardier de Cugnot fonctionnant en présence d'officiels

De nombreux spécialistes se demandent encore comment put fonctionner ce chau­dron rudimentaire démuni de foyer distinct, de grille et de tubes. Certains l'ont comparé à un " samovar ". Dans sa forme actuelle, il est peut–être incomplet. Là, demeure le seul secret de la " traction avant " Cugnot, la première voiture du monde.

Il est certain que le " fardier " de Cugnot a fonctionné en présence d'officiels. Mal­heureusement, l'infortuné prototype buta contre deux obstacles : le premier fut un mur du champ de manoeuvres de Vincennes contre lequel il s'abîma, faute de contrôle de la direction. Le second obstacle et le plus grave fut la Révolution qui fit sombrer le projet définitivement. Cugnot avait obtenu une pension de 600 francs en 1772. Il mourut à Bruxelles, dans le plus complet dénuement, le 10 octobre 1804. Cent neuf ans plus tard, au début de 1913, le président Poincaré devait rappeler la mémoire de Cugnot en inaugu­rant la statue de bronze du précurseur sur une place de Void. De nos jours, il ne reste plus de ce monument que le socle ! Peut–on rêver à ce qu'il serait advenu de l'expérience Cugnot sans le mur fatal ? L'automobile serait–elle née avant la Révolution ? Imagine–t–on la fuite de Louis XVI et de Marie–Antoinette dans une grosse berline à vapeur qui aurait rendu inutile le relais de Varennes ! L'invention de Cugnot venait en fait quarante ans trop tôt !

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Idée & conception © 1999-2011 van Damme Stéphane.


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